Les Exploratrices, illustration du rôle des blogues dans l’e-réputation des territoires

Publié le par Vincent Gollain

Les Exploratrices, illustration du rôle des blogues dans l’e-réputation des territoires

A l’heure où Internet devient la première source d’information pour une majorité de voyageurs, il s’agit de mieux comprendre les stratégies de contenu des blogues spécialisés et les façons dont les destinations travaillent avec leurs rédacteurs. L’enjeu de ces nouveaux canaux d’e-réputation, très centrés sur l’expérience vécue des visiteurs, est clairement d’influencer les prises de décisions des lectrices et lecteurs de ces outils d’information en ligne.

Fanny Ricard, co-fondatrice des Exploratrices, Communauté féminine passionnée par le voyage, a accepté de répondre à nos questions dans la suite de la séance du groupe Marketing territorial ADETEM-CNER consacrée à l’e-réputation des territoires.

  • Pouvez-vous décrire l’ambition et le lectorat du site Les exploratrices ?

Le site des Exploratrices rassemble une communauté féminine construite avec le voyage comme état d’esprit. Pour nous, le voyage prend trois formes : au bout du monde, au coin de la rue (française) et intérieur (autour du bien-être). Les articles que nous écrivons s’intéressent à explorer l’une de ces trois possibilités.

Nous avons défini nos cinq valeurs communes avant de lancer le blogue : l’amour du partage, la bienveillance, la notion de gain de temps et d’information pertinente pour le lecteur final, la transparence et la liberté d’écriture.

Notre ambition est clairement définie entre nous : nous sommes des femmes actives qui, avec peu de temps, souhaitons inspirer d’autres femmes dans notre situation et leur donner aussi l’envie d’oser. Bien entendu, nous parlons aussi aux hommes qui constituent un bon quart de notre audience !

Enfin, notre approche n’est pas guidée par une volonté de faire fructifier financièrement notre investissement dans le blogue. Nous avons toutes des professions et activités. C’est plus le plaisir de découvrir et partager qui nous motive.

(c) Les Exploratrices, mai 2017

(c) Les Exploratrices, mai 2017

  • D’où est venue l’idée et quand avez-vous créé ce blogue ?

L’idée est née d’un voyage commun au Sri Lanka en 2015 avec Ornella Payse que j’ai rencontré sur les bancs de l’INSEEC Business School Paris. Nous avions partagé nos souvenirs et expériences et nous sommes rendus compte que cela intéressait fortement nos amis et relations sur les réseaux sociaux. Mieux encore, nous avions influencé plusieurs personnes dans leurs choix. Cela nous a donné l’envie de poursuivre.

Nous avons créée ensemble le blogue en février 2016 après six mois passés à définir notre positionnement et ce que nous allions proposer comme « bénéfices clients » à nos lecteurs. Nous avons retenu l’idée que nous partagerions des expériences positives centrées sur ce qu’elles nous ont apporté.

Aujourd’hui, 10 contributrices françaises vivant à Paris, en France et dans le monde nous ont rejointes pour former l’équipe des contributrices. Toutes sont bénévoles. Nos âges s’échelonnent de 22 à 36 ans permettant ainsi d’offrir des regards de femmes différents sur les lieux que nous visitons et activités que nous testons. En effet, nous avons des exploratrices qui peuvent être des backpackeuses ou voyageuses 5 étoiles !

  • Vous évoquez la notion marketing de bénéfice-client. Ce concept est vraiment au cœur de votre approche ?

Oui, tout à fait. Nous voulons jeter un regard libre et positif sur les voyages que nous explorons. Nous ne sommes pas là pour noter mais vraiment pour partager ce qui nous a intéressées en créant une expérience positive. C’est pour cela que nous utilisons entre nous et avec vous le terme marketing de « bénéfice-client ». Bien entendu, nous n’employons pas ce terme technique dans nos articles !

  • Mais alors que se passe-t-il lorsque votre expérience est décevante ?

C’est en effet une question clé. Nous avons pris la décision de ne pas en parler sur le blogue pour être fidèle à notre positionnement. En revanche, il nous semble important de faire part de notre retour d’expérience à l’établissement qui nous a accueillies (restaurant, hôtel, centre de soin, etc.) et à notre référent territorial si nous travaillons avec un Office de tourisme ou une organisation similaire.

  • Si je comprends bien, vous nouez des partenariats avec des acteurs locaux ?

Bien sûr. Nous essayons toujours de nous faire accompagner pour identifier les meilleures expériences à relater à nos lectrices. Pour autant, nous n’acceptons d’engager un partenariat que s’il est fidèle à notre ligne éditoriale : rester libres d’écrire à notre convenance et de partager de réelles expériences positives. Nous refusons également les propositions qui sortent des thématiques des 3 types de voyage retenus.

  • Comment se décident les choix de voyages ? Contactez-vous des opérateurs locaux dans ce cas ?

Les motifs de sélection sont nombreux. Ils peuvent être liés à des déplacements professionnels que nous prolongeons. Ce peut être aussi des lieux que nous avons connus dans notre enfance et que nous souhaitons redécouvrir sous un autre regard. Ce sont aussi des envies que nous avons de découvrir de nouveaux lieux. Enfin, ils peuvent naître de propositions faites par des établissements, voire des acteurs touristiques locaux.

Pour illustrer mes propos, je vais me référer à notre article sur La Baule. C’est une destination extrêmement connue que nous avions en tête d’explorer sans une idée précise de calendrier. La décision a été prise suite à une sollicitation d’un établissement de Thalasso. Nous nous sommes dit que ce déplacement ne pouvait pas rester centré sur ce lieu de détente. Nous avons alors contacté l’Office du tourisme qui nous a permis de tester d’autres expériences sur place.

(c) Office de Tourisme de La Baule

(c) Office de Tourisme de La Baule

  • Du coup vous voyagez à l’œil !

On pourrait le penser, mais ce n’est pas tout à fait comme cela. Nous souhaitons garder une indépendance, notamment lorsque nous sentons bien que certaines prestations sont forcées ou insistantes sur le souhait que nous écrivions dans un sens positif. Dans un voyage nous avons souvent des prestations qui nous sont offertes sans obligation de contrepartie de notre part, mais aussi des dépenses que nous couvrons par nous-même. C’est le prix de l’indépendance.

Je remarque d’ailleurs que nos interlocuteurs locaux sont de plus en plus habitués à ce mode de fonctionnement avec les bloggeuses et bloggeurs. Les offices de tourismes moins habitués à dialoguer avec des bloggeuses comme nous sont un peu surpris au départ par notre demande mais comprennent très vite que nous offrons une visibilité différente sur leur territoire et nous proposent des programmes sur-mesure très attractifs.

  • Cela se professionnalise donc !

Tout à fait. Comme vous avez pu le discuter dans la réunion du Club Adetem-Cner, les organisations touristiques cherchent de plus en plus à travailler avec nous, certaines s’appuyant d’ailleurs sur les compétences de sociétés spécialisées dans ce domaine. Ils nous préparent des programmes de visite adaptés à notre approche du voyage. Nous leur demandons : des visites atypiques, des restaurants à faire, des hôtels qui souhaiteraient faire partie du partenariat (plutôt boutique hôtel, bien situé), des créateurs locaux, des thalassos / spas, etc.

  • Quels impacts avez-vous sur les prises de décision de vos lectrices & lecteurs ?

C’est une question difficile sur le volet quantitatif car nous avons surtout des témoignages écrits ou oraux de membres de notre Communauté qui nous font des retours sur l’usage qu’elles ont fait de nos conseils.

En matière de fréquentation, notre blogue dépasse les 12000 visiteurs uniques tous les mois. La durée moyenne de lecture est proche de 2 minutes.

Nos lectrices sont essentiellement (à 75 %) des femmes de 20 à 35 ans, vivant majoritairement en France. Nous sommes aussi présentes sur Instagram et Facebook.

Sur la base de ces informations, nous pensons avoir une influence assez forte sur notre Communauté. Le fait que celle-ci continue à croître et qu’elle témoigne d’un fort niveau d’engagement sont également des indicateurs positifs pour nous.

 

Propos recueillis par Vincent Gollain en avril 2017 auprès de Fanny Ricard, co-fondatrice avec Ornella Payse, du site Les Exploratrices.

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