Villes attractives et répulsives : les représentations des français

Publié le par Vincent Gollain

(c) Vincent Gollain

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Encore un classement de villes me direz-vous ! Vous avez raison. Ils sont légion, mais celui-ci est différent car c'est un travail académique qui souligne la portée et les limites de l'analyse proposée. 

Cette étude du Collège International des Sciences Territoriales (CIST, auteurs de l'article : Claude Grasland, Clarisse Didelon-Loiseau, Arnaud Brennetot, Hugues Pecout, Pierre Pistre, Sophie de Ruffray, Sandrine Berroirest) fondée sur l’enquête GlocalMap a été menée au cours de l’automne 2017, entre le 21 septembre et le 2 novembre, grâce au panel ELIPSS. Conçu pour permettre la réalisation régulière d’enquêtes par questionnaire à l’échelle nationale sur des thèmes variés (pratiques numériques, situations familiales, mobilités spatiales…), il repose sur un échantillon représentatif de la population française métropolitaine d’environ 3 000 personnes âgées de 18 à 79 ans. La représentativité est garantie par la prise en compte de critères socio-démographiques (âge, diplôme, sexe, nationalité) et géographiques (notamment par la localisation élargie du lieu de résidence à partir des ZEAT. Des analyses complémentaires montrent aussi que l’échantillon ELIPSS présente une représentation statistiquement satisfaisante des nouvelles et des anciennes régions administratives, à l’exception de la Corse).

Cette étude visait surtout à l’amélioration de la connaissance des représentations et des attentes sociales de la population française en matière de gouvernance territoriale (que je vous invite à lire). Toutefois, cette étude comporte également une partie consacrée aux représentations des français en matière d'attractivité des villes. 

La cartographie des villes françaises présentée sur la figure ci-après (en bas à droite) fait ressortir à travers la taille des cercles (nombre de citations positives et négatives) la hiérarchie urbaine française avec Paris en tête suivie de Marseille, Lyon, Lille, Bordeaux ou Nice. Les villes les plus grandes sont les plus connues et donc les plus citées. Cependant, la large couverture du territoire montre également la force des attachements régionaux avec un nombre également très élevé de villes petites et moyennes ou de simples communes rurales citées par quelques personnes, voire par une seule. Il y a certes des concentrations plus fortes de réponses sur les littoraux et dans le sud de la France, mais on trouve dans toutes les régions françaises des communes citées aussi bien positivement que négativement.
La plupart des villes font l’objet d’un assez fort consensus en matière d’attraction (cercles bleus) ou de répulsion (cercles rouges) et seules quelques-unes ont donné lieu à un nombre approximativement égal de réponses positives et négatives (cercles jaunes).

Source : les dossiers du CIST, Novembre 2019

Source : les dossiers du CIST, Novembre 2019

Les deux villes qui ont suscité le plus d’avis négatifs sont Paris et Marseille. Si Paris dispose également d’avis positifs, c’est beaucoup moins vrai pour Marseille qui est presque unanimement citée comme un lieu où les enquêté·e·s ne souhaiteraient pas vivre. Selon les auteurs de l’étude, ce résultat reflète la présence d’un stéréotype ancré dans les représentations et que l’on retrouve dans d’autres villes moins fréquemment citées, mais tout aussi négativement, comme Calais ou Dunkerque.
Les villes où les personnes déclarent le plus vouloir vivre si elles en avaient les moyens sont les métropoles littorales de l’Ouest (Bordeaux, Nantes, La Rochelle, Biarritz) et du Sud (Montpellier, Perpignan) ainsi que les villes situées dans les Alpes, à l’exception notable de Grenoble. Les lieux de retraite (littoral, zones rurales du sud-ouest) sont privilégiés dans les représentations des espaces où il ferait bon vivre.
Reste le cas des villes suscitant des avis également partagés (cercles jaunes) avec au premier chef Lyon et Nice, mais aussi des villes du nord-est (Strasbourg, Nancy, Metz) et du Languedoc (Nîmes et Béziers).

Pour moi, ce classement des villes françaises converge avec d'autres indices issues d'autres études sur la baisse d'attractivité de certaines grandes villes françaises notamment du fait de l'envolée des prix immobiliers pour le résidentiel, des difficultés croissantes de circulation ou encore des problèmes de pollution. Ceci explique d'ailleurs également la priorisation croissante des marketeurs territoriaux en matière d'attractivité résidentielle. 

Villes attractives et répulsives : les représentations des français

Selon l'étude, les villes attractives ou répulsives mentionnées en dehors de l’Hexagone (voir figure précédente, en haut, et en bas à droite pour l’Europe) se concentrent massivement dans l’hémisphère Nord. Les villes d’Amérique du Sud ou d’Afrique au sud du Sahara sont pratiquement absentes des réponses ce qui peut s’interpréter pour les auteurs de l’étude comme le résultat d’un mélange d’ignorance et d’indifférence pour des pays éloignés qui font rarement l’actualité dans les journaux et sont peu présents dans les manuels scolaires.
Les villes étrangères attractives se concentrent dans les pays voisins d’Europe de l’Ouest (Espagne, Portugal, Italie, Suisse, Belgique, Pays‑Bas, Suède, Norvège, Grèce, Irlande) mais aussi de façon spécifique dans les pays riches et démocratiques caractérisés par de grands espaces et ouverts à l’immigration européenne (Canada, Australie, Nouvelle‑Zélande).
Les villes étrangères répulsives se concentrent dans les marges méridionales (Maghreb et Machrek) et orientales (Russie) de l’Union européenne mais aussi dans les mégapoles de pays émergents (Inde, Mexique, Chine) ainsi que dans les pays en crise (Syrie, Irak, Afghanistan) ou à régimes autoritaires (Corée du Nord, Iran, Arabie saoudite).
Les États-Unis constituent un cas singulier dans la mesure où l’on y trouve à la fois des villes très attractives (San Francisco) et très répulsives (Las Vegas, Chicago).

Enfin les grands pôles de la mondialisation (New York, Los Angeles, Londres, Tokyo ou Berlin) apparaissent de façon remarquable comme les villes qui suscitent le plus de débat puisqu’elles reçoivent un nombre approximativement équivalent d’avis positifs et négatifs (cercles jaunes). On retrouve ici d'ailleurs la situation observée précédemment pour la région de Paris Ile-de-France. 

Source : Premiers résultats de l’enquête GlocalMap , La perception des échelles territoriales de l’action publique en France, Les dossiers du CIST n°7, Novembre 2019

Pour télécharger l'étude complète, merci de cliquer ici

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